Voici une histoire qu’on ne vous racontera nulle part ailleurs sur la Petite Côte : ces falaises rouges qui plongent dans l’Atlantique, ce n’est pas l’État ni une ONG internationale qui les ont sauvées, ce sont les femmes du village. Dans les années 1980, le site était une terre morte — déboisée, surpâturée, ravagée par les sécheresses. Le classement officiel de 1986 n’y changeait rien : sur le papier, une réserve ; sur le terrain, un désert. Puis, en 1988, cent vingt-neuf villageoises ont décidé que ça suffisait. Elles ont replanté, surveillé, encadré, et transformé un espace épuisé en l’un des plus beaux cas de conservation communautaire d’Afrique de l’Ouest. C’est ça, Popenguine : pas une carte postale, une reconquête. Et à quelques centaines de mètres, dans le même village, un tout autre monde — le grand sanctuaire marial — qu’il faut bien se garder de confondre avec la réserve. Deux lieux, deux publics, deux logiques. On vous explique les deux.
En bref
| Région (QFS) | La Petite Côte |
| Commune | Popenguine (dépt. de Mbour, région de Thiès) |
| Type | Réserve naturelle — falaises littorales, savane soudano-sahélienne, côte rocheuse |
| Superficie | ~1 009 ha (10,1 km²) |
| Distance depuis Dakar | ~70 km au sud · ~1h30 de route |
| Durée de visite conseillée | Une demi-journée (matinée pour les oiseaux, fin d’après-midi pour les falaises) |
| Entrée | Droit d’accès réglementé, par statut (voir grille QFS) |
| Meilleure période | Saison sèche (novembre à avril), tôt le matin |


Résident ou touriste : à qui parle vraiment Popenguine
Si vous vivez au Sénégal — a fortiori du côté de Saly, Somone ou Mbour, Popenguine est votre secret le mieux gardé. La Petite Côte, c’est surtout des plages et des resorts ; ici, vous avez ce qui manque partout ailleurs sur la côte : une vraie randonnée côtière, en surplomb de l’océan, gratuite d’ambition et payée une bouchée de pain au tarif résident. Venez un dimanche de fin d’après-midi, montez sur les falaises, et regardez le soleil embraser la roche rouge au-dessus de l’Atlantique. Peu de Dakarois savent que ça existe à 1h30 de chez eux. C’est l’escapade nature que vous cherchiez sans le savoir.
Si vous êtes de passage, retenez une seule chose : fuyez le lundi de Pentecôte si vous venez pour le calme. Ce jour-là, le village est submergé par des dizaines de milliers de pèlerins — magnifique si c’est ce que vous cherchez, ingérable si vous vouliez des oiseaux et du silence. Le reste de l’année, Popenguine est l’antidote parfait au tout-balnéaire : au lieu d’ajouter une plage à votre séjour, ajoutez une marche, des jumelles et une histoire humaine qui vaut le détour. Prenez un guide de la réserve — c’est peu cher et ça fait vivre celles qui ont sauvé le site.
Les falaises rouges sauvées par les femmes du village
Reprenons dans l’ordre, parce que l’histoire mérite d’être bien racontée. Le site est protégé de longue date : une forêt y est classée dès 1936. La réserve naturelle, elle, est créée le 21 mai 1986 (décret n° 86/604), sur environ 1 009 hectares mêlant côte rocheuse, zone de frayère marine et savane. Mais le décret n’a pas nourri un seul arbre. Épuisé par les grandes sécheresses, le site continuait de se dégrader.
Le tournant, c’est 1988. Cette année-là, 129 femmes (et un seul homme), menées par Woulimata Thiaw, fondent spontanément une association pour reprendre la nature en main — le fameux Regroupement des Popenguinoises (localement « Ker Cupaam »). Elles se répartissent le travail : reboiser, surveiller, encadrer les visiteurs, et surtout vivre de la réserve plutôt que de l’épuiser. Le mouvement essaime dans huit villages voisins et se structure autour d’un collectif de cogestion, le COPRONAT, qui coordonne les groupements de femmes autour de la conservation.
L’initiative attire des soutiens — dont la Fondation Nicolas-Hulot — et débouche sur un modèle rare : les femmes tiennent un campement, forment des guides ornithologiques et tirent des revenus de l’écotourisme. En une génération, la savane arbustive s’est reconstituée, la faune est revenue, et Popenguine est régulièrement citée comme l’une des premières expériences de cogestion communautaire des ressources naturelles au Sénégal. Voilà ce qui rend ce lieu unique : pas seulement la beauté des falaises, mais le fait qu’elles aient été arrachées à la ruine par leurs propres riveraines.
