Djilapao n’est pas une destination, c’est une halte, et c’est précisément pour cela qu’il faut la faire. Vous quittez Ziguinchor en pirogue, vous remontez les bolongs entre deux murs de palétuviers, et au détour d’un chenal apparaît une case à étage en banco dont les murs racontent la vie diola en reliefs sculptés et peints. Pas de billetterie, pas de boutique : un village, une maison singulière, et le silence de la mangrove. Si vous cherchez la Casamance qui ne se montre pas depuis la route, la case à étage de Djilapao en est une porte d’entrée.
Résident ou touriste : une demi-journée qui change la lecture de la Casamance
Vous vivez au Sénégal ? Vous connaissez peut-être Ziguinchor par la route, ses quais et son marché. Djilapao vous montre l’autre versant : la ville vue depuis l’eau, puis la rive nord, que la plupart des voyageurs ne font que traverser en voiture. Prenez une matinée de week-end, partez tôt avec la marée, et rentrez pour le déjeuner. Le tarif résident, jusqu’à −30 % sur les activités réservées via QFS, rend la sortie en pirogue facile à refaire avec des proches de passage.
Vous êtes de passage ? Ne cherchez pas un musée au sens strict. Vous allez chez des gens, dans un village vivant, et la maison sculptée est d’abord une curiosité locale, entretenue par ceux qui l’habitent ou la gardent. Laissez-vous guider par le piroguier ou le guide qui vous accompagne : c’est lui qui annonce votre arrivée, présente la maison et sait ce que l’on peut photographier. Comptez la sortie comme une demi-journée, pas comme un arrêt de dix minutes.
Une maison qui raconte le pays diola
La case à étage, l’autre architecture de Basse-Casamance
On associe souvent la Basse-Casamance aux cases à impluvium, ces grandes maisons rondes dont le toit en entonnoir recueille l’eau de pluie, comme à Énampore ou à Éloubaline. La case à étage est l’autre tradition : une maison rectangulaire en banco, avec un niveau supérieur posé sur des planchers de bois. Au sud du fleuve, les plus connues sont celles de Mlomp, près d’Oussouye, bâties au siècle dernier. À Djilapao, sur l’autre rive, une case à étage a pris un chemin différent : elle est devenue support d’expression.
Un habitant sculpteur et ses murs
Un habitant du village, sculpteur, a couvert cette maison de figures en relief et de fresques colorées, et l’a remplie de sculptures en bois. Les voyageurs et les guides qui l’ont décrite parlent de scènes de la vie diola : la rizière, les gestes du quotidien, les rites. Le style est naïf, souvent drôle, parfois énigmatique ; chacun repart avec sa propre lecture.
Ne vous attendez pas à une galerie impeccable : c’est une œuvre de terre, exposée au soleil et à l’hivernage, dont l’état dépend de l’entretien que le village peut lui consacrer. La participation que vous laissez sur place y contribue.
Le village autour
Djilapao est un petit village diola posé au bord des bolongs, entouré de rizières et de mangrove. Les cases en banco, de plus en plus souvent coiffées de tôle, les rizières gagnées sur l’eau salée, les palétuviers aux racines couvertes d’huîtres : vous y voyez à petite échelle ce qui fait la Basse-Casamance. Comme partout en pays diola, certains bois et lieux sont sacrés et ne se visitent pas.