Voici une baie qui a connu les deux extrêmes. Il y a soixante ans, la baie de Hann était citée parmi les plus belles baies du monde, dans la même phrase que celle de Rio — un croissant de sable clair où le gouverneur venait passer ses week-ends. Aujourd’hui, c’est l’un des littoraux les plus pollués d’Afrique de l’Ouest : 60 % de l’industrie manufacturière du pays borde ses eaux et y déverse ses effluents, mêlés aux eaux usées de centaines de milliers d’habitants. Alors pourquoi une page sur Hann ? Parce que quelque chose s’y joue. Un immense chantier de dépollution est en cours — station d’épuration, intercepteur, financements internationaux — et la baie attend, littéralement, sa renaissance. Que vous viviez à Dakar ou que vous passiez, Hann ne se visite pas comme une carte postale. Elle se comprend. Cette page est là pour ça — et pour vous dire honnêtement ce qui vaut le détour ici (le parc forestier tout proche, le village de pêcheurs) et ce qui, pour l’instant, ne le vaut pas (la baignade).
En bref
| Région (QFS) | Dakar (ville) |
| Commune / accès | Hann Bel-Air, commune d’arrondissement de l’est de Dakar, autour de la baie de Hann |
| Type | Quartier littoral et industriel · village de pêcheurs · baie en cours de dépollution |
| Distance depuis le centre de Dakar | ~6 km · 15 à 30 min selon le trafic |
| Durée conseillée | 1h à 2h (village de pêcheurs + contexte baie) ; une demi-journée avec le parc de Hann |
| Entrée / accès | Quartier en accès libre |
| Baignade | Déconseillée pour l’instant : eaux polluées (voir plus bas) |
| Meilleure période | Saison sèche (novembre à mai), en matinée |


Résident ou touriste : deux façons d’aborder Hann
Si vous vivez à Dakar, Hann Bel-Air est d’abord un quartier de vie : un port de pêche animé, une communauté lébou attachée à la mer, des pirogues colorées tirées sur le sable, et juste à côté l’un des rares poumons verts de la capitale, le parc forestier et zoologique de Hann. C’est aussi, il faut le dire, un quartier qui vit avec une baie abîmée — odeurs, déchets, eaux troubles par endroits. Mais c’est ici que se joue l’un des plus grands chantiers environnementaux du pays, et beaucoup d’habitants y voient enfin une raison d’espérer. Notre conseil de local : venez le matin pour le port de pêche et le retour des pirogues, enchaînez sur le parc de Hann pour l’ombre et la verdure, et gardez un œil sur l’avancée de la dépollution — le jour où la baie sera assainie, ce sera l’un des grands changements de visage de Dakar.
Si vous êtes de passage, réglez d’abord vos attentes. Hann n’est pas une plage balnéaire, et il ne faut pas venir ici pour se baigner : les eaux sont polluées et la baignade est déconseillée. Ce qui se visite, c’est autre chose — le parc forestier et zoologique de Hann (une vraie respiration verte, voir plus bas), l’ambiance d’un village de pêcheurs en pleine activité, et, pour qui s’intéresse aux enjeux du Sénégal contemporain, le spectacle d’une baie qui bascule entre héritage industriel et renaissance annoncée. Prise pour ce qu’elle est — une tranche de Dakar authentique et un cas d’école environnemental —, la halte se justifie. Prise pour une escale plage, elle décevra. Comptez une à deux heures, glissez-les dans une journée de découverte de la ville.
Une baie déchue — et le grand chantier qui veut la sauver
Reprenons l’histoire. La baie de Hann s’étire sur une quinzaine de kilomètres (chiffre approximatif— au point d’être classée, dans l’imaginaire collectif et plusieurs récits d’époque, parmi les plus belles baies du monde. Puis la zone industrielle de Dakar s’est développée juste là : abattoirs, tanneries, usines agroalimentaires et chimiques se sont installés en bord de baie. Résultat, aujourd’hui documenté par les bailleurs eux-mêmes : environ 60 % de l’industrie manufacturière sénégalaise est concentrée le long de la baie et y rejette ses effluents, auxquels s’ajoutent les eaux usées domestiques de quartiers densément peuplés, via des raccordements souvent anarchiques aux canaux de drainage. La baignade y est impossible sur des centaines de mètres, les pêcheurs se plaignent de la raréfaction du poisson, et la mangrove s’est dégradée.
C’est ici qu’intervient le fait majeur du moment : le projet de dépollution de la baie de Hann, porté par l’ONAS (Office national de l’assainissement du Sénégal). Lancé sur le terrain en septembre 2020, c’est l’un des plus gros chantiers d’assainissement du pays, financé par un tour de table international : État du Sénégal, Agence française de développement (AFD), Union européenne, Pays-Bas (Invest International) et Banque de développement de Chine. L’AFD y contribue à elle seule pour plus de 83 millions d’euros ; le coût global a été réévalué autour de 117 à 124 milliards de FCFA (budget révisé, chiffre évolutif
Où en est-on ? Les travaux ont pris du retard par rapport au calendrier initial (mise en service de la STEP un temps espérée pour début 2025), et le gouvernement a annoncé en 2025-2026 des mesures pour accélérer le chantier. Les taux d’avancement communiqués donnent la tendance : la STEP était annoncée à 67 % en octobre 2024, puis autour de 87 % à la mi-2025 ; l’intercepteur à environ 70 % et les branchements à 60 % à la même période (chiffres officiels, à recouper avec l’actualité la plus récente). Autrement dit : le projet avance réellement, mais il n’est pas terminé, et la baie n’est pas encore assainie. C’est exactement pour cela qu’il faut la présenter honnêtement — ni ruine désespérée, ni plage retrouvée : un grand chantier en cours, et une renaissance qui se joue maintenant.
