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Le Lac de Guiers | Que Faire au Sénégal

Ouvrez votre robinet à Dakar : il y a plus d’une chance sur deux que l’eau qui en sort vienne d’ici, à près de 250 km au nord, d’un lac dont la plupart des Dakarois ne savent même pas le nom. Le Lac de Guiers, c’est le plus grand réservoir d’eau douce du Sénégal — et sans doute le géant le plus discret du pays. Pas de carte postale, pas de foule de touristes, pas de pyramides de sel ni de porte à selfies : un immense plan d’eau plat, posé entre Saint-Louis et Louga, entouré de villages de pêcheurs, de champs de canne à sucre, de troupeaux de zébus et de nuées d’oiseaux. Ce n’est pas un site à cocher, c’est un lieu à comprendre. Que vous viviez au Sénégal ou que vous soyez de passage dans le Nord, la bonne question n’est pas « est-ce beau ? » mais « d’où vient l’eau, et qu’est-ce qui la menace ? ». Cette page est là pour ça.

En bref

Région (QFS) Saint-Louis / Louga (le lac est à cheval sur les deux)
Communes / accès Rives à Keur Momar Sarr (Louga), Mbane, Nder, Gnith, Richard-Toll (Saint-Louis / Dagana)
Type Grand lac d’eau douce — pêche, maraîchage, oiseaux, château d’eau de Dakar
Distance depuis Dakar ~250 km · 3h30 à 4h de route (par Louga ou par Saint-Louis)
Durée conseillée Une demi-journée à une journée ; à coupler avec Saint-Louis ou le Djoudj
Accès au site Aucun droit d’entrée — accès libre par les villages riverains ; seules les sorties en pirogue sont payantes
Meilleure période Saison sèche (novembre à avril) — oiseaux migrateurs, pistes praticables

Résident ou visiteur : deux façons de venir

Si vous vivez au Sénégal — surtout à Saint-Louis, Louga ou Dakar — le Lac de Guiers est l’escapade nature « utile » par excellence. C’est l’endroit où l’on comprend, physiquement, d’où vient l’eau qu’on boit : les usines de Keur Momar Sarr et de Ngnith pompent ici, jour et nuit, pour alimenter la capitale. Venez-y pour une matinée au bord de l’eau, une sortie en pirogue au lever du jour quand les oiseaux sont actifs, un tour au marché hebdomadaire de Keur Momar Sarr (le samedi), et repartez avec une idée beaucoup plus concrète des enjeux d’eau du pays. C’est une sortie de proximité, sans billet, qui se décide sur un coup de tête un week-end.

Si vous êtes de passage, ne venez pas au Guiers en attendant un décor spectaculaire : venez-y pour le calme, les oiseaux et l’authenticité. Le lac se glisse idéalement dans un circuit du Nord — vous êtes déjà à Saint-Louis, vous filez vers le Djoudj ou vers Richard-Toll, et le Guiers est sur la route. Prenez un guide local et une pirogue : c’est la seule façon de vraiment voir le lac, ses colonies d’oiseaux et ses villages de pêcheurs peuls et wolofs. Respectez le rythme des lieux : ce sont des gens qui pêchent, cultivent et abreuvent leurs bêtes, pas un parc de loisirs.

Le lac dont dépend le robinet de Dakar

Voici ce qui rend le Guiers passionnant : ce lac plat et discret est une pièce maîtresse de l’économie sénégalaise. Il joue trois rôles à la fois, et c’est leur cohabitation — parfois leur conflit — qui fait toute son histoire.

Le château d’eau de Dakar. C’est le rôle le plus stratégique. L’eau du lac est captée par les usines de Keur Momar Sarr (KMS 1, 2 et 3, côté Louga) et de Ngnith (côté Saint-Louis), traitée, puis transportée par de gros tuyaux sur près de 250 km jusqu’à l’agglomération dakaroise. Combien ? Selon les données officielles de la SONES vérifiées par la presse, le lac a fourni environ 51 % de l’eau de la région de Dakar en 2021 et près de 58 % en 2024 — soit, désormais, plus de la moitié. Autrement dit : sans le Guiers, Dakar a soif. C’est ce qui explique les investissements massifs (KMS 3, projets de « grand transfert ») et l’attention politique constante portée à ce plan d’eau.

Le grenier maraîcher et sucrier du Nord. Autour du lac et le long du canal, plus de 30 000 hectares sont irrigués. C’est ici, à Richard-Toll, que la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) cultive ses immenses champs de canne à sucre ; ce sont aussi des milliers de petits maraîchers et de riziculteurs qui vivent de cette eau douce.

Un réservoir naturel qui se remplit par le fleuve. Le Guiers n’est pas fermé : il communique avec le fleuve Sénégal par le canal de la Taouey (environ 17 km), à hauteur de Richard-Toll. Depuis la construction des barrages de Diama et Manantali sur le fleuve, ce système est en partie régulé — ce qui a changé la vie du lac, jadis saumâtre en saison sèche et aujourd’hui maintenu en eau douce.

Mais cet équilibre est fragile, et c’est le deuxième fil de l’histoire. Le lac étouffe sous le typha, une plante aquatique envahissante qui colonise les rives, gêne la pêche et la navigation, et favorise les maladies liées à l’eau. Il subit aussi la pression des pollutions agricoles (intrants, eaux de drainage) et des convoitises foncières sur ses berges. Le Guiers n’est donc pas un paysage figé : c’est un écosystème sous tension, surveillé par l’Office des lacs et cours d’eau (OLAC), et dont dépend directement le quotidien de millions de personnes.

Repères & chiffres

Attention : la superficie du lac varie fortement selon la saison (étiage / hautes eaux). Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur recoupés, à lire comme des fourchettes.

Donnée Valeur Remarque
Superficie du plan d’eau ~170 à 300 km² varie selon la saison et les sources
Longueur ~35 km (plan d’eau) · jusqu’à ~50 km (dépression) orienté nord-sud
Largeur ~7 à 8 km
Profondeur moyenne ~1,3 à 2,5 m lac peu profond
Profondeur maximale ~4 à 5 m **
Volume ~600 millions de m³ à la cote 2 m IGN (source OLAC)
Part de l’eau de Dakar ~51 % (2021) → ~58 % (2024) données SONES ; « plus de la moitié »
Superficie irriguée plus de 30 000 ha canne à sucre, riz, maraîchage
Canal de la Taouey ~17 km relie le lac au fleuve Sénégal à Richard-Toll
Statut ornithologique Zone importante pour les oiseaux (ZICO / IBA) classée par BirdLife International

Oiseaux et faune : un paradis discret pour les jumelles

Le Lac de Guiers est classé Zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO / IBA) par BirdLife International, et c’est l’une des vraies raisons de venir. Sans la notoriété du Djoudj tout proche, il offre pourtant un birdwatching de grande qualité, surtout en saison sèche quand les migrateurs paléarctiques descendent. Voici ce que l’on peut y observer :

Groupe Espèces typiques
Grands échassiers flamants nains, hérons, aigrettes, spatules d’Europe et d’Afrique, ibis falcinelle
Oiseaux d’eau pélicans, cormorans, sternes (dont la guifette leucoptère)
Petits passereaux des rives prinia aquatique, tisserins, souïmangas
Faune (raréfiée) phacochères, varans, crocodiles du Nil (rares) ; le lamantin d’Afrique, jadis présent, a quasi disparu

Le meilleur moment est le petit matin, en pirogue, quand les colonies mixtes de hérons, aigrettes, spatules et ibis s’animent le long des rives et des îlots.

Y aller & accès

Le Guiers se rejoint en voiture depuis Dakar (~250 km, 3h30-4h) par la route de Louga puis Keur Momar Sarr (rive sud-ouest), ou par Saint-Louis puis Richard-Toll (rive nord). Depuis Saint-Louis, comptez environ 1h30 à 2h selon le point d’accès. Il n’y a aucun droit d’entrée : on accède au lac par les villages riverains, et l’on ne paie que la sortie en pirogue avec un piroguier ou un guide local.

Prix des sorties : les tarifs de pirogue, de guidage et de birdwatching ne sont pas réglementés et varient selon la durée, le nombre de personnes et le prestataire. QFS ne publie pas de barème ici : renseignez-vous et réservez via QFS. Aucune taxe officielle d’accès au lac.

Villages riverains & à voir sur place

  • Keur Momar Sarr (Louga) — le principal bourg de la rive sud, avec sa grande usine de captage d’eau et son marché hebdomadaire du samedi, coloré et animé. Bon point de départ pour une pirogue.
  • Richard-Toll (rive nord) — la ville de la canne à sucre (CSS) et le point où le canal de la Taouey relie le lac au fleuve. À voir : le « Château de Baron Roger », vestige colonial.
  • Nder, Mbane, Gnith — villages de pêcheurs et de cultures ; Nder porte une mémoire historique forte (l’épisode du « Talaatay Nder »).
  • Les usines de captage (Keur Momar Sarr, Ngnith) — on ne les visite pas, mais les apercevoir donne toute la mesure du rôle du lac.

Aux alentours

Le Guiers ne se visite jamais seul : il s’inscrit dans le grand Nord sénégalais, l’un des plus riches du pays.

  • Saint-Louis — l’ancienne capitale, son île classée UNESCO, ses maisons coloniales et sa langue de Barbarie. La base logistique naturelle pour explorer la région.
  • Parc national des oiseaux du Djoudj — troisième réserve ornithologique du monde, sanctuaire des pélicans et flamants, au nord-ouest. Le couplage Guiers + Djoudj est idéal pour les amateurs d’oiseaux.
  • Richard-Toll — la capitale de la canne à sucre, sur le fleuve.
  • Réserve spéciale de faune de Gueumbeul (près de Saint-Louis) — tortues, gazelles et oiseaux, une belle étape complémentaire.

Le bon moment

La saison sèche (novembre à avril) est la meilleure période : les oiseaux migrateurs sont présents, la chaleur reste supportable et les pistes d’accès aux villages sont praticables. En hivernage (juillet-octobre), le paysage verdit et le lac se remplit, mais certaines pistes deviennent difficiles et les oiseaux migrateurs repartent. Pour l’observation, privilégiez toujours le lever ou le coucher du soleil, quand la lumière est douce sur l’eau et que la vie sauvage est la plus active.

Faire une sortie au Lac de Guiers avec QFS

Des prestataires QFS peuvent organiser des sorties en pirogue, du birdwatching guidé et des visites de villages sur le Lac de Guiers, souvent au départ de Saint-Louis ou en combiné avec le Djoudj. Comme il n’y a aucun coût officiel d’accès au lac, le prix affiché correspond au service rendu (pirogue, guidage, transport) — il n’y a rien à régler « en plus » sur place, hors pourboires et achats aux villages. Ces tarifs de sortie ne sont pas réglementés et varient : réservez et comparez via QFS. Retrouvez ces activités dans les rubriques Découvertes nature & culture › Balade en pirogue et Observation des oiseaux (birdwatching).

Conseils pratiques

  • Espèces en petites coupures : il n’y a pas de terminaux de paiement au bord du lac.
  • Guide local vivement recommandé : il connaît les zones d’oiseaux, les villages et les bons piroguiers.
  • Jumelles, chapeau, eau, protection solaire : peu d’ombre, forte réverbération sur l’eau.
  • Baignade déconseillée : eau douce mais insalubre par endroits (typha, bilharziose / schistosomiase possible, crocodiles rares). Ce n’est pas un lac de baignade.
  • Respect : demandez avant de photographier les habitants et les pêcheurs au travail.
  • Voiture adaptée : privilégiez un véhicule haut ou un 4×4 pour les pistes des rives.

Questions fréquentes

Où se trouve le Lac de Guiers ?
Dans le nord du Sénégal, entre Saint-Louis et Louga, à environ 250 km au nord de Dakar. Il s’étire du nord (Richard-Toll, relié au fleuve Sénégal) au sud (Keur Momar Sarr).
D’où vient l’eau de Dakar ?
En grande partie du Lac de Guiers : les usines de Keur Momar Sarr et de Ngnith y pompent l’eau, la traitent et l’acheminent sur ~250 km. Le lac fournit désormais plus de la moitié de l’eau de la région dakaroise (environ 51 % en 2021, 58 % en 2024 selon la SONES).
Peut-on se baigner dans le Lac de Guiers ?
Ce n’est pas conseillé. C’est un lac d’eau douce mais utilisé pour la pêche, l’irrigation et l’abreuvement du bétail ; le risque de bilharziose (schistosomiase) et la présence du typha en font un lac à usage utilitaire, pas de baignade.
Que voir et que faire au Lac de Guiers ?
Une sortie en pirogue, de l’observation d’oiseaux (flamants, pélicans, hérons, spatules, ibis), la visite de villages de pêcheurs peuls et wolofs, et le marché du samedi à Keur Momar Sarr. À coupler avec Saint-Louis, le Djoudj ou Richard-Toll.
Quelle est la meilleure période pour les oiseaux ?
La saison sèche, de novembre à avril, quand les migrateurs sont présents et les pistes praticables. Le lever du jour, en pirogue, est le meilleur moment d’observation.
Quelle est la taille du lac ?
Environ 35 km de long sur 7 à 8 km de large, pour une superficie qui varie fortement selon la saison — de l’ordre de 170 à 300 km² selon la période de l’année. C’est le plus grand lac d’eau douce du Sénégal.