Ne venez pas sur l’île de Wendaye pour « voir » quelque chose : il n’y a ni monument, ni plage de carte postale, ni point de vue. Venez pour la traverser. On y débarque d’une pirogue au bout d’un bolong, on remonte le sentier entre les rizières, on salue le village, et l’on ressort de l’autre côté par la mangrove. C’est précisément ce qui fait sa valeur : Wendaye vous montre, à l’échelle d’une promenade, comment vivent les îles diola de l’embouchure de la Casamance. Une demi-journée suffit à la parcourir ; il faut un peu plus d’humilité pour la comprendre.
Résident ou touriste : une étape, pas une destination
Vous vivez au Sénégal ? Wendaye est l’étape qui donne du sens à un week-end prolongé à Cap Skirring ou Oussouye. Plutôt qu’une énième journée de plage, réservez une sortie en pirogue dans les bolongs et demandez qu’elle passe par l’île : vous marcherez dans un paysage que la plupart des Dakarois n’ont jamais vu. Sur les activités réservées via QFS, le tarif résident va jusqu’à −30 %, de quoi refaire la boucle en fin d’hivernage, quand les rizières sont vertes.
Vous êtes de passage ? Comprenez où vous mettez les pieds : Wendaye est un village, pas un site aménagé. Personne n’y attend les visiteurs avec un guichet ou un parcours fléché. Vous y êtes l’invité des habitants, et la visite n’a de sens qu’accompagnée par quelqu’un qui connaît le village et ses usages. En échange, vous aurez ce que les circuits pressés ratent : le silence, le rythme de la marée et des gens au travail.
Une île qui tient par le riz
Wendaye appartient à ce chapelet de petites îles habitées de la commune de Diembéring, posées dans l’embouchure du fleuve Casamance entre la mer et les bras d’eau : Carabane, Ourong, Ehidj, Sifoca, Wendaye, avec la presqu’île de Cachouane et Gnikine. On y entre par l’eau, toujours. Aucun pont, aucune piste : la pirogue est la route, et l’heure de départ dépend de la marée plus que de votre montre.
Ce que vous traversez en marchant, c’est le cœur de la culture diola : la riziculture. Entre le village et la mangrove, les casiers de rizières sont séparés par de petites digues de terre. On y travaille surtout en fin d’hivernage et au début de la saison sèche ; si vous passez à ce moment, vous verrez les femmes et les hommes aux champs, et vous comprendrez la place que tient le riz dans la vie diola. Le reste de l’économie de l’île tient à la pêche, à l’élevage et aux produits de la mangrove.
Ce modèle est aujourd’hui sous pression. Comme toute la commune de Diembéring, Wendaye vit en première ligne face à la mer : l’eau salée remonte dans les terres, les rizières de bas-fond se salinisent et certaines parcelles sont abandonnées. Les habitants et les associations des îles ont engagé des actions pour protéger le littoral et replanter. Gardez cela en tête en marchant : la rizière que vous longez est aussi un combat.
Wendaye et Sifoca partagent en réalité la même île, séparées par une bande de mangrove et un petit cours d’eau. C’est ce qui rend la traversée si belle : on quitte un village par un sentier de palétuviers, on franchit le chenal, et l’on arrive dans l’autre. Plusieurs itinéraires de randonnée de Basse-Casamance enchaînent ainsi Cachouane, Wendaye et Sifoca dans la même journée.